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Entretien avec Pierre de X-Vision (X-Vision)

X-Vision m’avait assez emballé sur scène, et la gentille Cécilia, leur promoteur attitré, m’a fait la grâce de m’envoyer un skeud pour chronique (que vous avez du sûrement lire). Cet album m’ayant plu il était donc logique d’en savoir plus sur le groupe... Pierre (chants) s’est gentiment confié...


Aletun : Aloa... Le groupe existe déjà depuis plusieurs années, et à en lire votre bio, on a l’impression que tout s’est déroulé sans accroc. Dites-nous un peu quelles ont été vos galères, et s’il n’y a jamais eu quelques moments de remises en doute. Et le choix du nom, c’est parce que vous matez plein de films porno ?

Pierre : Hugue... Oh tu sais les bio, c’est toujours un peu lèche cul ! Elles sont toujours écrites d’un point de vue optimiste. Il y a bien sûr toujours des petits moments de faiblesse ou de remise en question dans la vie d’un groupe, c’est normal, mais pour nous ça va encore, on s’en sort pas trop mal, tu sais, c’est peut-être parce qu’on fait les choses comme elles viennent, avec le coeur et on attends pas grand chose en retour. Pour le nom, c’est pas tout à fait ça mais ça pourrait l’être effectivement !

A : Je suis un peu paumé concernant les noms des labels et distributeur. Faites-nous donc une présentation du label, comment vous êtes entrés en contact avec eux, et puis tant qu’à faire, si vous êtes satisfaits de leur taf point de vue promo, budget etc.

P : Pour le premier album, nous étions chez Slalom Music avec une distribution Night&Day mais il se trouve qu’ils ont tous les deux coulés, comme beaucoup de label ces dernières années. Pour celui-ci, c’est donc Dirty8 (avec une distribution via Nocturne) qui nous a proposé la signature y compris pour la tournée. Connaissant leur travail, leur sérieux et aussi et surtout leur état d’esprit, on s’est dit banco ! Jusqu’à maintenant rien à redire, et je ne pense pas qu’il y aura de problèmes...

A : Parlons un peu du nouvel album. Quelle est l’évolution entre celui-ci et votre précédent opus ? Quel accueil a-t-il reçu jusqu’à présent ? Quel public visez-vous ?

P : Les deux albums sont assez différents, je dirais que nous tirons de plus en plus vers quelque chose de plus personnel avec So close, so far. Pour le moment, nous sommes très contents des retours et de l’accueil qu’a reçu cet album. Nous ne visons pas un public en particulier, à chacun d’y voir et d’y trouver ce qu’il veut.

A : J’ai été tenté de rapprocher certains (courts) passages de Machine Head (période Supercharger) ou par moment (notamment les grattes) de Soulfly. Si je suis totalement à côté de la plaque, dites-moi donc quelles sont vos influences et les groupes que vous vénérez.

P : Nos influences sont assez diverses car nous écoutons tous beaucoup de musiques qui peuvent être très différentes et c’est pourquoi j’aurais également du mal à te dire à quoi ou à qui notre musique ressemble le plus. Pour ce qui est des groupes que nous « vénérons », c’est autre chose car ça n’inclut pas forcément qu’ils font partie de nos influences mais je pourrais te citer en vrac des monstres comme AC/DC, Pantera ou encore Metallica, ces groupes qui nous ont donné envie de faire ce qu’on fait...

A : Le packaging de So close, so far est très classe, moi qui aime les digipacks je suis comblé. Quelle est votre participation quant à l’élaboration du visuel ? Pouvez-vous donner des explications quant à la pochette avec ce mannequin (c’est la copine d’un des membres du groupe ?) et les teintes aquatiques – je vois d’ailleurs pas trop le rapport entre les deux. Pourquoi ne pas avoir mis une vraie pin-up les nibards à l’air ?

P : Nous avons à peu près tous participé à la réflexion autour de la pochette, nous avons eu du mal à trouver quelque chose de précis, mais une chose était sûr, nous voulions quelque chose d'atypique, d’inhabituel, de différent, qui pousse à la réflexion, et qui contrasterait aussi dans les rayon métal ! Quant à l’explication, le mannequin représente de façon assez neutre l’humanité, et le mannequin dérive sur l’eau, il s’échoue, il perd toute notion et valeur, il s’abandonne.

A : Les textes semblent aborder des thèmes personnels ou engagés. Serait-il possible de me donner votre propre interprétation des textes ? Et vous-mêmes, accordez-vous de l’importance aux textes des groupes que vous écoutez ?

P : Les textes parlent en général d’humanisme ou plutôt de sa perte, de sa perte des valeurs au bénéfice du superficiel ou du matérialisme, et puis tout ce que le manque d’humanisme peu engendrer, l’éloignement de soi-même et des autres, la perte du respect pour ce qui nous entoure et ce qui a contribué à notre création, etc.

A : Le son claque bien, et vous avez encore enregistré avec Buriez. Êtes-vous satisfaits, et ne seriez-vous pas tenté par un autre studio à l’avenir ? Et même si un son puissant est intéressant, ne trouvez pas absurde la quête sans fin vers un son toujours meilleur ? Un son bien crado, avec des grattes qui bavent, ça a son charme aussi non ?

P : Nous sommes très satisfaits du travail effectué sur cet album, nous savions avec précision ce que nous voulions, un son « gros » mais avec des prises brutes, et le plus juste et pures possible. Pour la suite, ça dépendra des envies, des opportunités et des finances ! Nous aimons bien aussi les sons un peu crades, mais ça dépend sur quel type de projet, à voir selon l’âme des prochains compos.

A : J’aimerais savoir ce que vous pensiez des groupes de metal extrême (black, death voire grind) où la musique peut être aussi radicale que leurs propos (ou actes selon les cas). Pensez-vous qu’on puisse s’impliquer à tel point dans une philosophie extrême mais artistique jusqu’à mettre en pratique ou faire l’apologie d’actes pour le moins douteux (scatologie, exaltations patriotiques, blasphèmes j’en passe et des meilleures) ?

P : Je respecte mais ce n’est pas mon trip, ce qui m’amuse c’est plus le côté « folklore » du black métal, j’imagine bien le mec avant de sortir qui passe 1h dans sa salle de bain pour se préparer ! Pour ce qui est des actes, il y a des cons partout, dans ce cas là, c’est certainement les plus faibles qui tombent dans le panneau, et à mon avis, quelle que soit la musique qu’il aurait écouté, il serait très certainement dans l'extrême aussi, c’est une manière de s’affirmer, dû peut-être à un manque de quelque chose... Après musicalement, il y a des trucs terribles dans le black ou le grind, pas de souci avec ça.

A : Grâce à la magie du net, on peut s’apercevoir que de plus en plus de metalleux ne sont en fait que des petits bourgeois imprégnés de préjugés judéo-chrétiens et condamnant tout acte "hors-normes" tel que l’usage de stupéfiants, la défonce, la pornographie, la remise en cause de la spiritualité monothéiste... Le metal n’est il pas à la base un mouvement contestataire bordel ?

P : Je pense que ceux que tu décris restent encore qu’une infime partie et qu’encore une fois, il s’agit d’un état d’esprit global pas forcement lié à la musique, il doit y en avoir partout. En tout cas je n’en connais aucun dans mon entourage.

A : Auriez vous des implications extérieures, et pourquoi en dehors du metal histoire de vous aérez l’esprit ou perfectionner votre technique ? Est-ce une bonne chose d’ailleurs de s’éparpiller dans des tas de side projects ? Et dans le cas où X-Vision serait votre seule chose, que vous plairait-il d’entreprendre ?

P : Musicalement, c’est sûr qu’un side-project ne peut faire que du bien, tant que tu gardes le temps imparti pour ton groupe « prioritaire ». Pour ma part, c’est le manque de temps qui me freine mais j’y ai déjà pensé à plusieurs reprises, dans un projet très différent de la musique d’X-Vision, à la limite de l’atmosphérique post-rock, comme tu dis, pour aérer les idées et du coup pour pouvoir aussi être plus fort.

A : Comment se passe le processus de composition ? Champignons, ecsta, picole ? Ou l’un d’entre vous amène tous les riffs et tout le reste n’est ensuite que habillage ?

P : On a arrêté la bière pour les compos depuis bien longtemps, on la fait soft ou presque. Disons que les cordes ramènent du riff, la batterie se construit dessus et on arrange tous ensemble. Le chant se pose habituellement après, et parfois on s’imprègne d’une idée de texte pour guider la création du morceau. Il est primordial pour nous que tout le monde s’implique dans la création et soit en parfait accord avec la compo, que tout le monde prenne son pied en jouant, c’est plus important que tout.

A : Le live semble être votre dada, pour vous avoir vus, on voit que vous maîtrisez totalement. Par contre mon seul reproche aurait été que votre musique est complexe et est difficilement appréciable quand on ne connaît pas les titres... du coup cela ne vous gêne pas de voir un public statique ? Cela ne vous plairait pas de voir un pit en furie avec des gnons dans tous les sens ? Sinon quelles ont été vos pires et meilleures dates ?

P : Pour la musique, on l’a toujours faite selon nos envies et nos goûts donc on ne réfléchit pas tellement à ça. Après, en live, pour les habitués de ce style de musique, ça se passe toujours bien, ils ne sont pas si statiques, crois moi ! On aime les mouvements, que la musique s’arrête et reprenne, surprendre, faire quelque chose là où on ne t’attend pas forcément, le public aime ça aussi. La meilleure date reste pour le moment notre passage aux Eurockéennes de Belfort devant plus de 8000 personnes. Nous jouions le même jour que Korn, Slipknot et Dillinger Escape Plan, pilepoil notre public ! Pour la pire je ne pourrais pas te dire, il y en a parfois des vraiment difficiles mais on prend toujours ça assez cool ou on trouve moyen d’en tirer profit, et puis une fois sur scène, tout s’efface.

A : Avez-vous déjà une idée de l’évolution future du groupe ? Allez-vous jeter des ponts vers plus de brutalité – je trouve à ce propos que les parties qui cartonnent sont trop éparses et c’est dommage – plus de technicité ou une approche plus sur les ambiances ? Le maître mot est-il de proposer quelque chose de sans cesse innovant quitte à perdre les fans ou de rester sur ce que vous savez faire le mieux quitte à stagner ?

P : Là, je t’avoue qu’il est encore trop tôt pour te répondre, je n’ai encore aucune idée de ce que ça donnera pour les prochaines compos, une chose est sûre, nous allons le faire avec toute notre sincérité et nos envies !

A : Trouvez-vous tout ce que vous attendez de la musique dans le metal ou faites vous des infidélités au metal ? Quelles autres scènes ou genres musicaux trouvent grâce à vos yeux ?

P : J’y trouve déjà beaucoup de choses, mais nous faisons des infidélités c’est sûr, nous écoutons beaucoup de choses totalement différentes et c’est ce qui fait que je peux encore plus apprécier le métal quand je me dis « yes, j’ai envie que ça arrache, je vais me réécouter cet album ! ».

A : Les questions pièges et philo (parce qu’il y a aussi des intellos qui nous lisent – du moins j’aime le croire – on va voir si vous méritez votre BAC) : l’individualisme ne va-t-il pas à l’encontre du développement d’une civilisation ?

P : Mais complètement ! Comment veux-tu développer une civilisation si tu ne regardes et ne comprends pas ton voisin ? Et si tu ne l’aide pas ? Il y a qu’ensemble et avec un peu de sagesse et d’intelligence que tout peut fonctionner. Fô pas que je commence sur ce sujet...

A : Le tour de piste est fini, à vous les studios hip hop conclusion...

P : Comme on dirait chez nous : one love, kingston, jamaica, babylone, rastafari, selecta, boo boo, jah, raggamuffin, original... Fô pas chercher à comprendre, si vous voulez une explication, RDV au bar après un concert... ;o) Merci à toi !

Posté le 16/12/2007 à 18h03 par Aletun

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