 Pour discuter avec un groupe qui prône toutes les perversions et a fait de son In Satan And Plutonium We Trust un slogan de bataille (premier album chez Ars Funebris Records, un label UG qui monte), il me fallait être cuit comme un oeuf pour poser mes questions à Vortex of End ! Rendez-vous donc pris avec un trio plein de ressources venu de Champagne-Ardenne.
Guudrath : Hails les garçons ! Alors, les présentations ! Pouvez-vous nous en dire plus sur vous et présenter le groupe ? Pourquoi un tel nom de groupe ?
Hräs : Hails ! VoE est un trio basé dans les Ardennes. Régulièrement nous sommes accusés d'être Belges, mais c'est faux, les Ardennes sont bien en France. Le groupe est composé de Necroblaster à la batterie, de Nagarth à la guitare et aux vocaux, et de moi-même à la basse. Nag et moi nous sommes connus en 2003, et nous avons rapidement eu l'idée de faire de la musique ensemble. Armés d'une boîte à rythme sommaire nous avons donc joué une sorte de Black Metal très simple pendant deux ans, ce qui nous a permis d'apprendre à jouer parce qu'en fait on avait jamais vraiment empoigné une guitare avant ça. Au cours de l'été 2005 nous avons eu la chance de tomber sur Necroblaster qui a immédiatement compris ce que nous avions envie de faire, à un moment où le caractère restrictif de la boîte à rythme nous gavait franchement. Nous avons alors tout repris de zéro, pour jouer une musique plus brutale et spontanée. Quant au nom du groupe, j'avouerais qu'on a pas passé des années à y réfléchir. On aimait bien l'idée d'un tourbillon, détruisant ou aspirant tout.
G : Le livret du skeud est très explicite ! Plein de photos très alléchantes, quel est le pervers qui les a dénichées ? Et pourquoi pas une belle église en train de brûler – comme c'est redevenu la mode en ce moment – ou bien, je sais pas, un truc avec un Satan et des vierges effarouchées ? La perversion, la corruption, le malaise, vous y prenez plaisir et vous y participez réellement (adresses pour des Gang Bang ?) ?
H : Je suis responsable des mosaïques du livret. Certaines réactions m'ont d'ailleurs un peu amusé. J'aurais peut-être dû bricoler un artwork à base de camps de concentration, comme tout le monde, parce qu'apparemment, quelques nichons, un ayatollah et de la merde, c'est trop provoc. Va comprendre... En fait je voulais un visuel qui aille de pair avec ce que nous espérons faire passer à travers la musique. Je ne sais pas pour mes deux compères et ils font ce qu'ils veulent, mais pour ma part je ne dirais pas que je participe activement à la perversion, la corruption et tout ; mais ce sont des choses que chacun de nous côtoie tous les jours. Tu sais, les Ardennes c'est le nord-est, c'est très alcoolisé, il suffit de se balader dans la rue pour se dire que le taux de consanguinité doit être très élevé, la pédophilie fait partie du folklore et notre unique star locale est Michel Fourniret (si tu creuses dans la foret ici, t'es sûr de tomber soit sur un obus, soit sur une petite fille). Je nous considère comme des témoins privilégiés de la dégénérescence de ce qui est censé être une espèce suprêmement évoluée, et c'est ce que nous dépeignons, en y injectant un côté cynique et un peu jusqu'au-boutiste.
G : Y'a un côté nettement "Fuck You All !" chez vous ! Vous êtes plutôt le dernier Carpathian Forest ou le dernier Darkthrone ? Ou le dernier Slayer, voire le dernier Sodom ?
H : Plutôt dernier Darkthrone, en raison de son parti pris plutôt couillu.
G : Pourquoi avoir choisi une copulation Ars Funebris/Ahriman Records ? Vous avez le potentiel pour viser plus haut, non ?
H : Le potentiel pour viser plus haut ? Je ne sais pas. Ca ne fait jamais qu'un peu plus d'un an que nous sommes sortis du garage dans lequel nous répétons, il ne faut pas se précipiter je pense. Je trouve déjà complètement fou qu'on soit distribué, alors je ne me plains pas. Dylfo d'Ars Funebris était prêt à faire un effort pour nous aider à sortir une première vraie prod’ et comme il nous avait aussi filé un coup de main pour la tape, il nous paraissait naturel de continuer avec lui. Quant à Ahriman, Nykraft s'est montré particulièrement motivé, nous n'avons donc vraiment rien à redire à son sujet.
G : Y'a un truc que je pige pas enfin qui me fait chier : votre démo avait un son pourri bien live, normal pour un live, et qui rendait une putain d'atmosphère ! Quand j'ai posé une première fois mes oreilles sur votre galette en plastique, je me suis dis "putain, c'est Vortex of End ? Quelle chiasse !". Certes, le son reste organique et un peu live, mais on perd en magie, en feeling devrais-je dire... Pourquoi ce choix ? Comment s'est passée la prise de son ? En studio ?
H : Tu sais comment cette démo avait été mise en boîte ? On a juste posé un dictaphone de dix ans d'âge au milieu du garage et on a envoyé la sauce. L'ambiance qui en ressort est terrible, mais le son est vraiment immonde, dans le sens où par moment, la compréhension de la musique est un peu limite. A l'origine, l'idée de VENDRE un truc pareil nous paraissait être un foutage de gueule total. Ces morceaux avaient été enregistrés dans le but de donner un aperçu de ce que nous faisions, disponible gratuitement. C'est pour cette raison que, quand Dylfo nous a proposé de la sortir pour ceux qui préféraient un vrai support, nous avons insisté pour qu'elle soit disponible au prix le plus bas possible, et à une échelle plutôt réduite. Pour le cd, notre but premier était de proposer une musique compréhensible, histoire que l'auditeur distingue ce qui se passe et reconnaisse ce qu'on joue si il a l'occasion de nous voir en concert. C'est produit à la maison, nous avons emprunté des micros à des amis musiciens, et nous avons tout fait nous-mêmes. Pour une première expérience d'enregistrement, je trouve qu'on ne s'en est pas trop mal tiré, parce qu'on a vraiment tout appris sur le tas. Alors certes avec le recul le son manque un peu de vie, de chaleur et de gras, les cordes sont peut-être un peu trop en retrait, mais le tout reste plutôt satisfaisant. Nous avons beaucoup appris avec cet enregistrement, et effectivement nous mettrons cela à profit pour faire quelque chose de plus vivant la prochaine fois.
G : Vous êtes volontairement provocateurs, mais je voulais savoir ce que cela vous faisait de voir les photographies des mutilés de guerre, des napalmisés du Vietnam ou des irradiés d'Iroshima ? Que pensez-vous si un jour, vous mouriez pendant un conflit armé ou que vos familles y passaient sous vos yeux ? Vous avez déjà vu des cadavres, trouvez-vous ça plaisant ?
H : Les blessés de guerre sont d'autres produits de notre civilisation géniale et de son raffinement dans la violence, ils ne m'émeuvent pas particulièrement. Sauf quand il s'agit d'enfants, là j'ai tendance à rire. Si je me faisais dessouder dans une bataille, ce serait cool, j'aurais peut-être une statue dans mon patelin. D'ailleurs ça vaudrait mieux pour mes alliés, parce que je suis très mauvais aux jeux qui se pratiquent en équipes, je suis de ceux qui marquent des buts contre leur camp, et à la guerre c'est problématique. Quant au sacrifice de ma famille, je pourrais y consentir pour la bonne cause, mais comme il n'y a à mon sens pas de bonne cause... Les cadavres, j'irais pas jusqu'à trouver ça plaisant, mais ça ne me dégoûte pas non plus, je trouve ça normal. Après évidemment il y a cadavre et cadavre.
Nag : Je pense qu’il est préférable de s’habituer à voir de telles choses car ceci est la réalité et vu l’évolution humaine, il est facile de prévoir que dans quelques années nous auront de nouvelles images bien plus malsaines pour fleurir nos prochains livrets. Il n’y a pas vraiment de question à se poser pour anticiper des quelconques réactions en cas de conflit armé, cela va sûrement être assez bref et violent.
G : Pour moi, vous pratiquez plus une sorte de "Blackened Thrash/Punk Metal" que du Black Metal et cette étiquette reflète bien selon moi votre attitude, du moins celle que je crois percevoir... Comment décririez-vous votre musique ? Vous ne vous pensez pas plutôt influencés par le Thrash à l'allemande ?
H : Effectivement nous aimons beaucoup le Thrash teuton, mais ce n'est qu'une de nos multiples influences. Le Black Metal reste la ligne directrice principale de ce que nous faisons, et cette facette est vouée à être un peu plus appuyée à l'avenir. Quand on nous demande ce qu'on fait, en général on répond Black/Thrash.
N : J’ajouterais que les morceaux de l’album existent depuis un petit moment déjà et que notre vision des choses évolue au fil du temps. Nous avons déjà plusieurs nouveaux titres et notre désir d’accentuer l’aspect malsain est perceptible, les arrangements sont plus travaillés et les parties Thrash sont mieux dosées et plus réfléchies. L’incorporation de quelques riffs à sonorité plus Death Metal brutalise la chose. Nous pratiquons une mixture entre le Black/Death/Thrash Metal.
G : Que racontent vos textes ? Pas très old school de ne pas mettre ses textes dans le livret ! Vous voulez qu'on se paie des décrypteurs ?
H : Nos textes parlent de guerre apocalyptique, de Satan et de cul (Rimbaud venait de chez nous, alors on perpétue son héritage). On ne les a pas inclus dans le livret parce qu'on s'est mis d'accord sur le fait qu'ils étaient très perfectibles, d'ailleurs ils changent même de temps en temps d'un concert à l'autre.
N : Si l’ont devait imager nos paroles cela donnerait exactement les mosaïques à l’intérieur du livret. Pourquoi s’embarrasser avec plein de Blabla s’il est possible d’être plus clair. Nos paroles sont en anglais, sachant que certaines personnes se plaignent de ne pas comprendre cette langue, le problème ne se pose pas. Même un débile profond illettré est capable de nous comprendre, c’est génial !
G : Alors, qui dégueule comme un sagouin à la dernière piste bande de salopards ?
H : C'est Nag, car la réverb’ naturelle de ses chiottes nous permettait à moindres frais un son de vomi qui rendrait jaloux les locataires du Necromorbus. D'ailleurs j'aimerais signaler que nous nous sommes plantés dans le livret, nous avons inversé les deux derniers titres. L'avant-dernier était pourtant sur la démo, mais certains de ceux ayant les deux enregistrements n'ont même rien remarqué, c'est dire comme le son de la cassette était réellement infect (ou alors ils ont commandé la tape juste pour le poster de nana à poil armée et ne l'ont même pas écoutée, ce qui n'est pas improbable).
N : C’est sans aucun doute mon plus beau dégueulis réalisé à ce jour. Onctueux et crémeux, comme je l’aime.
G : Le satanisme, c'est comme le Black Metal, on en fait ce qu'on veut – un peu moins en ce qui concerne le Nationalisme il me semble. Vous avez voté pour le Grand Satan aux dernières élections ou pour Blanche Neige ? Ce courant de pensée, vous y pensez couramment ? Vous êtes plus à tendre le bras droit ou à suivre le sentier de la Main Gauche ?
H : J'aime l'endroit où je vis, mais je ne suis pas nationaliste. Le nationalisme ne me parle pas. En cas de nécessité, je défendrais bien sûr mon territoire, mais la grandeur de mon pays ne me préoccupe pas plus que de raison. Concernant les dernières élections, la démagogie des vainqueurs m'énerve. D'un autre côté je ne me sens pas plus proche de la gauche, que je considère comme un tas de bien-pensants utopisto-mous-du-gland. La politique - quelle que soit son orientation - est un domaine qui tient du collectif et qui vise naïvement à une amélioration des choses, j'ai du mal à me reconnaître là-dedans.
G : Branlette espagnole ou pipe au miel ?
H : Un bon ardennais te répondra toujours pipe au miel, parce que ta partenaire peut l'effectuer quel que soit son âge.
N : Sans aucun doute, pipe au miel !
G : Quels sont projets à venir ? Vous faites des concerts on dirait...
H : Oui nous essayons de faire autant de concerts que possible. Nos projets dans l'immédiat sont d'étendre notre rayon d'action, même si ce n'est pas simple.
G : Quelles sont vos dernières baffes musicales ? Y'a des groupes, des formations, des projets français (ou belges si vous voulez) que vous soutenez ?
H : Ma dernière baffe en date c'est le dernier Mayhem. Pour prendre une autre baffe il faudrait que Blasphemy et Revenge se décident à sortir les galettes qu'ils ont annoncées. Pour ce qui est des groupes français, j'ai été mis sur le cul par le dernier Diapsiquir, que je trouve incroyable, et j'attends le prochain Deathspell Omega avec impatience. Plus près de nous, nous soutenons nos potes des Ardennes et alentours (qu'ils jouent du metal ou pas), comme Frozen Storm, Disgraseed, Aido Music System, Block Out, Quartier Libre. Et The End 666 aussi, parce que ce projet assure et qu'Infernal est un pur gars, hail à lui !
N : Le dernier Arkhon Infaustus est vraiment génial. J’ai aussi beaucoup apprécié le dernier Antaeus.
G : Pourquoi avoir sorti si vite un album, qui reprend d'ailleurs les titres de la démo, plus une intro, donc seulement quatre nouveaux titres ? C'est pas de l'arnaque ?
H : Non, parce que, du fait que la démo n'était même pas censée sortir, il n'y en a eu que 50 exemplaires. C'était plus une carte de visite qu'autre chose.
G : Vous avez des boissons ou des produits à recommander ?
H : En matière de boissons, la vérité est dans la Guinness, et dans les bières belges aussi, Orval, Delirium Tremens, tout ça. Le Champagne est également sympa à dégueuler dans les soirées mondaines. Pour ce qui est des autres produits, si c'est à des choses plus ou moins illicites que tu fais référence, sache que tu es un vilain !
N : En boisson il ne faut pas oublier la Zubrowska. En produit je recommande le Styrène et le Benzène.
G : Vous avez un avis sur le téléchargement ? Là, si ça tombe votre album va passer sur le net et des milliers de gens pourront le prendre, bref, Vortex of End sera connu dans le monde entier ! Et vos potes qui vous ont produits l'auront dans l'os, si ce n'est ailleurs, et bien profond ! Ca vous fait chaud ou froid ?
H : L'avantage du téléchargement, c'est qu'il fait facilement circuler la musique. Ensuite, si les gens préfèrent avoir des mp3 sur leur ordinateur plutôt qu'un vrai skeud qu'ils pourront palper, manipuler, sur lequel les groupes ont passé du temps, ils font ce qu'ils veulent, mais c'est très con.
G : Si vous mouriez demain (toujours dans le trip eheh !), que regretteriez-vous ?
H : Que Kim Jong-Il ait remballé ses menaces nucléaires contre un peu de pétrole. P'tite bite !
G : Question piège ! Citez moi une bombe du métal extrême d'avant 1987 !
H : En choisir une seule c'est l'angoisse, mais celle qui me vient tout de suite c'est Seven Churches de Possessed.
G : Vortex of End en trois mots ?
H : Exact, c'est en trois mots (!?).
G : Le mot de la fin est pour vous, à vous les studios Jean-Pierre...
H : Merci à toi pour cette interview, et merci à ceux qui la liront, ainsi qu'à ceux qui nous soutiennent. Nous sommes constamment à la recherche de plans concert. Que tous ceux qui sont susceptibles d'être intéressés n'hésitent pas à nous contacter !
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