 Voici une interview des blackeux bretons de Morzhol, un groupe pour lequel j'espère le meilleur pour l'avenir tant la démo démontre du potentiel ! Même si leur optique a vraisemblablement changé d'après leurs dires, je vous conseille vivement de vous pencher sur leur démo autoproduite. J'avais donc envie d'en savoir plus sur eux, et ils ont bien voulu répondre à mes quelques questions, et ont joué le jeu des questions intellos, ce qui me change ! Merci à eux donc.
Guudrath : Hailz Morzhol ! Commençons par un chapelet pas très catholique de questions ! Merci d'y répondre avec attention ! J'ai découvert votre groupe par hasard, en allant sur Metal Archives : un vrai coup de bol ! Que pensez-vous donc de la promotion ? Comment espérez-vous être connu ou reconnu ? Que revêt le mot "underground" dans vos esprits et que pensez-vous du site dont je viens de parler ?
Morzhol : Pour l’instant, la promotion ne s’est faite que de manière limitée dans un réseau underground et à notre avis le restera. Nous n’avons pas pour but de devenir $atyr, donc nous ne cherchons pas à grappiller des auditeurs quelconques un peu partout, et surtout pas des poseurs ou des wannabe. Nous préférons savoir où nous faisons la promotion. Elle se fera donc par le bouche à oreilles, par les chroniques dans des fanzines, les concerts, mais certainement pas par un matraquage promotionnel sur Myspace ou sur les boites mail de la France entière. Nous n'espérons pas être connus, il y a déjà trop de groupe et nous ne sommes pas là pour nous pavaner lors de concerts, entourés de groupies. Reconnus pourquoi pas, via des chroniques et des reviews sur notre musique, même si cela n’aura aucune influence sur Morzhol et que ce n’est pas le but recherché. Le mot Underground représente pour nous le dernier bastion d’intégrité et de sincérité dans le métal et plus particulièrement dans le Black Metal, où le fric ne joue pas le rôle de leitmotiv et où l’implication tant des groupes, que des labels, que des auditeurs dans l’ombre est conséquente. Attention, tout l'UG n'est pas bon à prendre, il ne faut pas se fier à la mention UG qui ne veut en elle-même pas dire grand chose, c'est ce que le groupe met dans ce mot qui est important et intéressant. Beaucoup de groupes restent UG et se disent "true" parce qu'ils n'ont pas la capacité de faire mieux, de dépasser ce stade, alors qu'ils ne rêvent que d’une chose, c’est d’ouvrir pour Dimmu. Malheureusement, l’Underground de notre époque n’est qu’un ersatz de ce qu’il fut. Metal Archives est un site intéressant et pratique. Il permet de découvrir beaucoup de groupes et de choper pas mal d’infos.
G : Deux questions désormais : comment sonnent à vos oreilles des groupes tels que Von, Demoncy, Maniac Butcher, Beherit, Profanatica ? Tous ces groupes ont une identité forte et je dirais qu'avant que ne viennent au milieu des années 90 sur la scène internationale les grands noms norvégiens du Black Metal, chacun mettait en avant sa propre personnalité. Aujourd'hui, les groupes doivent batailler pour imposer leur identité. On voit donc émerger de nombreux sous-courants au genre, tels que l'Orthodox BM, le Depressive/Suicidal BM, le Black-Thrash et le Death-Black, etc. Où Morzhol se situe-t-il dans tout ce bordel ?
M : Ce sont tous des groupes qui ont marqué l'histoire du Metal ! Des albums comme Drawing Down the Moon ou Satanic Blood Angel ont ce putain de feeling poisseux et malsain propre à eux ! Morzhol ne se situe pas, ce sont aux gens de nous situer là où bon leur semble. Nous sommes passionnés par les représentations bibliques et obscures de la perversion, et par tout ce qui touche à la littérature et à la philosophie. Cela n’empêche pas certains riffs de sonner très Thrash, d’autres très True... Nous ne faisons pas Morzhol dans l’optique de faire tel style ou tel style uniquement. Le prochain CD sera un gros mélange de beaucoup de choses. Nous n'avons pas pour ambition de dicter aux gens ce qu'ils doivent penser, qu'ils nous considèrent comme ils veulent, on s'en fout.
G : Passons à Morzhol ! Que signifie ce nom breton ? Comment s'est formé le groupe ? A écouter votre démo, vous n'êtes pas des manchots ! Quel est le parcours musical de chacun au sein du groupe ? Finalement : pourquoi avoir créé Morzhol alors qu'il y a tant de groupes dans cette scène ? Avez-vous refusé d'intégrer d'autres formations ? Dans ce cas, pour quelles raisons ?
M : Morzhol signifie le marteau en breton. C'est un symbole très fort dans cette culture notamment dans le rite de la mort. Il aidait les personnes mourantes à passer dans l'autre monde et était l'attribut du dieu guerrier, qui pouvait donner la mort ou la vie selon son choix. C'est donc un symbole de puissance, de souveraineté et d'une certaine barbarie. Aucun rapport avec une quelconque légende du grand nord, nous ne sommes pas norvégiens, même si notre son peut y faire penser.
Après divers changements et aléas, Morzhol s’est fixé autour de Preizher, Lazh et Nocturnal "V" Diarrhoea et fonctionne bien comme ça. Musicalement et idéologiquement parlant, une nette rupture est présente entre les balbutiements de Morzhol, la première démo, et la prochaine galette, en travail. Ce changement s'est effectué progressivement, il peut se situer au milieu de la démo, d'où le troisième titre : A Testament of Our Ancient Life. Une sorte d'adieu à se que nous pensions avant, à ce pourquoi nous avions composé, pour passer à quelque chose de neuf, nous correspondant plus, un nouveau Nous.
Morzhol résulte d'un besoin de jouer tout simplement. D'un besoin d'exprimer des pensées, des mal-être. Un besoin de vomir une fois de temps en temps les absurdités que nous absorbons à longueur de temps. C’est donc une démarche à la base purement personnelle, en aucun cas pour récolter du fric ou des groupies, et sans volonté initiale d’apporter notre pierre à l’édifice de la musique en faisant quelque chose d’original.
Quant à notre parcours personnel, nous sommes une entité où chacun apporte ses influences et ses besoins. Nous ne pensons pas qu'il soit intéressant dans le cadre de la démo ou du groupe de parler de qui nous sommes ou de ce que nous faisons à l'extérieur de cette entité, ni de nos histoires. Cette interview concerne Morzhol ; l’œuvre.
G : Comment s'est déroulé l'enregistrement de la démo ? Que représente le logo ?
M : Nous avons enregistré la démo en quatre jours, éparpillés sur un mois. Nous avons fait ça chez un de nos amis (certains reconnaîtront Darkkarma pour son travail dans l'UG) qui nous a énormément aidé. Je ne pense pas qu'il y ait grand-chose d'autre à ajouter, si ce n'est que la prod’ nous convient parfaitement et qu'elle est, à part quelques pains, exactement ce que nous voulions puisqu'elle n'est pas trop accessible mais reste claire quand même.
Notre logo a changé, nous ne parlerons donc pas de l'ancien. Disons qu’il s’agit d’une pochette, rien de plus. Notre nouveau logo ressemble exactement à ce que nous sommes devenus avec le temps. La croix Luciférienne est le symbole de l'affranchissement de toutes les règles, physiques et morales, dictées par notre culture judéo-chrétienne. L'Omega prend le pas sur l'Alpha, car nous tendons tous vers l'anéantissement et c'est là notre seule réalité. Le nom reste crade, ceux qui nous connaissent reconnaîtront.
G : Parlez-nous de votre musique.
M : Notre musique parle d'elle-même.
G : Je pense sincèrement que Morzhol a le potentiel pour devenir un bon groupe français : je vois que la démo est sortie sous format tape chez Ruin Productions. Pouvez-vous nous en dire plus sur le deal et ce label ? D'autres sorties sont prévues bientôt ?
M : Nous avons démarché quelques labels, certains nous ont répondu mais toutes les marges étaient justes et ils avaient tous d’autres prods à sortir avant. Et ce Desolate Australien, officiant comme guitariste dans Pestilential Shadow (Goatworex), créateur de Ruin Productions, est passé par là et, suite à un simple trade avec Lazh, nous a littéralement poussé au cul pour sortir cette prod’.
Cela semble être une maison sérieuse ce mec est impliqué et prêt à beaucoup pour les groupes. D'autre sorties oui... Un split est prévu avec Vortex of End (rien de totalement officiel), sur un style totalement différent, plus thrashy, et notre prochain CD est en préparation mais vous en saurez plus en temps voulu.
G : Apparemment, vous êtes engagés contre le Chritianisme... La scène Black Metal est nettement orientée contre les monothéismes et juifs et musulmans commencent à se voir, timidement, attaqués. Pourquoi ne pas attaquer les juifs et les musulmans dans ce cas ? Etes-vous satanistes et comment cette position se traduit-elle dans votre vie de chaque jour ?
M : Nous attaquons le christianisme pour plusieurs raisons. Tout d'abord, c'est le symbole des religions monothéistes. C'est une des religions les plus absurdes qu’ils nous aient été donné de voir. D'autre part, notre société est fondée sur des bases morales et philosophiques. Ces bases ne sont pas des bases musulmanes mais des bases judéo-chrétiennes et c'est ce que nous voulons détruire. Mais notre discours s'oriente autant vers les juifs que vers les musulmans que vers les chrétiens.
Nous pouvons nous considérer comme des satanistes au sens Luciférien du terme. Lucifer était un ange qui s'était rendu compte de sa puissance et de sa beauté. Il l'a exprimé, a été humilié mais est devenu libre. Le satanisme, à notre sens c'est cela, une recherche spirituelle de la totale liberté, nous connaissons notre puissance et ses limites, reste à voir ce que nous pouvons en faire. N'oublions pas que Lucifer était l'ange porteur de lumière, celui qui apportait donc aussi la Vérité. Mais croire au Grand Bouc est pour moi aussi absurde que croire en Jésus, et c'est une aussi grande preuve de faiblesse morale et/ou d'un besoin infantile de sensations fortes. Tous ces gosses que l'on voit traîner sans but avec des pentacles et des croix inversées nous donnent envie de vomir. Car il est aussi essentiel de savoir d'où les symboles que nous portons proviennent, et quelle est leur réelle signification. Le satanisme moyenâgeux nous inspire aussi énormément pour l'aura et l'âme qu'il dégage, et pour son incroyable richesse en matière d'iconographies et de symboles.
G : Comment envisagez-vous le Black Metal ?
M : Le Black Metal est vrai, authentique, sans compromis, c'est-à-dire sans se préoccuper de ce qu’on peut dire de lui, de ce qu’on peut en penser ! C’est la seule musique qui n’est pas faite dans le but de plaire, d’être appréciée. C’est une zone de tous les possibles où la morale n’a pas d’emprise. Les œuvres de BM ne sont que le fruit, l’extériorisation de sentiments abjects personnels.
G : Que dire du mot élitiste ?
M : Le Black Metal étant sans compromis, il entraîne forcément un certain élitisme.
G : Quels sont les groupes de Bretagne que vous supportez ? Lesquels valent la peine ? Quelles sont vos dernières baffes musicales ? Morzhol, enfin, a-t-il des groupes phares, des influences ?
M : Il existe et existait de très bons groupes en Bretagne. A vous de faire la démarche de chercher à en découvrir. On peut néanmoins citer Inkisitor, Gotholocaust, Breizh Occult, Fenguerous avec qui nous avons joué et qui sont foutrement bons... Il en existe d’autres mais la promotion n’est, à leur honneur, pas leur souhait. Nos dernières baffes musicales se tournent vers le Black Metal poisseux et malsain et le metal old school couillu. Pour les influences, tout le monde s’en fout.
G : De quoi parlent vos textes ? Le premier titre de la démo, c'est tiré d'un film ? Pourquoi l'avoir choisi ?
M : Les textes de la première démo ne furent pas assez aboutis et ne nous correspondent plus. Ceux écrits pour l’album à venir, au contraire, nous représentent totalement. Ils traitent de l’absurdité d’une existence non désirée et de sa finalité dans la mort et le néant, de la religion et de ce qu'elle implique dans la vision que l'homme a de lui-même et de sa façon d'agir. L’intro n’est pas tirée d’un film mais réalisée par nous-mêmes. Quant au passage de l’Apocalypse de Jean, il convenait parfaitement à l’ambiance de la démo.
G : Hum, demain le Grand Dragon ressort de l'Abîme et vous demande de le suivre afin d'aller massacrer l'humanité. Que faites-vous ? Et s'il vous demande de passer au fil de l'épée vos proches ? Pourquoi dans ce cas, cette misanthropie, cette haine ? Qu'est-ce qui conduit le Black Metal à être ce qu'il est ?
M : Le Grand Dragon ne ressortira jamais de nulle part et est comme Satan une allégorie. Mais s’il s’avérait qu’il ressorte de l’Abîme, alors on se fendrait bien la gueule en voyant tous nos efforts pour domestiquer l’homme et dompter le chaos, réduit à néant, ce qui arrivera un jour ou l’autre de toutes manière. Et à partir du moment où l’on traite de manière théorique du misanthropisme, en rien les proches ne peuvent survivre, ce ne sont que des amas de chairs marchant vers la mort comme nous tous, comme le disait si bien Caraco !
Preizher : Le Black Metal est un bastion de pensées qui se sent refoulé par notre société actuelle. Il est interdit de penser du mal des gens, de le leur dire, de rire de leurs malheurs, de les provoquer ou autres sous peine de devenir marginal. Cela ne me dérange pas d'être considéré comme marginal mais le Black Metal nous permet de ressortir réellement cette haine via un concept artistique. Il permet de développer une deuxième personnalité, le "Je" de tous les jours qui bosse pour aller acheter son pain et l'autre "Je", que j'appellerais Satan, cette personnalité noire, haineuse, maquillée et bardée de clous et de fils barbelés, celle qui fait marcher mon imagination, ma créativité, celle qui pense. Le Black Métal permet de s’affranchir des normes, c’est un relent de haine, de dégoût et d'horreur splendide dans notre beau monde puant.
G : Quel est votre point de vue sur le téléchargement ?
M : Nous sommes pour. Cela n’empêche en rien les vrais maniaques d’acheter les prods et permet de découvrir de nombreux groupes intéressants. Télécharger une prod’ totalement sold out ne nous pose aucun problème, le faire avec une prod’ qui ne l'est pas, et qui bien sûr nous prend aux tripes sans jamais l'acheter, nous dérange. Mais je laisse les gens libres de faire ce qu'ils veulent. Ils savent ce qu'ils valent et ce à quoi ils contribuent, nous le savons pour nous, nous n’allons pas plus loin.
G : Morzhol, en trois mots ?
Fuck you ALL !!!
G : Les derniers mots sont à vous !
Voir réponse précédente.
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