 Jeune formation française inconnue au bataillon, Vehementer Nos surgit des bas-fonds du Black Metal pour nous concevoir une oeuvre complexe, riche et intense sortie directement sur la major Osmose Productions. Devant une oeuvre aussi ciselée, on ne pouvait qu'être interrogatif ! Engwar nous répond donc ci-dessous.
Guudrath : Hellz les gars ! En cherchant un peu, on apprend que Vehementer Nos est une encyclique du Pape Pie X s'insurgeant contre la séparation de l'Etat et de l'Eglise : pourquoi avoir pris un tel nom ? Pourquoi faire référence à un texte regrettant avec véhémence cette séparation ? La regrettez-vous également, cette séparation ? Quel est votre rapport à la religion ? Pourquoi ne pas s'attaquer aux autres monothéismes ?
Engwar : Il faut bien comprendre que nous reprenons le terme “Vehementer Nos” à notre compte et notre emploi du mot est bien évidemment à mille lieues de celui de Pie X. Vehementer Nos signifie notre combat, notre passion, ce en quoi nous croyons, autant de termes qui définissent notre rapport à la musique. Pour ce qui est du parallèle avec l’encyclique, je pense au contraire que la Séparation a été un grand pas en avant et à ce titre notre combat à nous, est pour une nation libre de tout influence religieuse en général. C’est également pour cette raison que nos références dogmatiques tout au long de l’album sont générales et concernent tous les cultes pas seulement le christianisme, qu’il est d’ailleurs un peu facile d’attaquer maintenant tant ce dogme est en train de disparaître tout seul. Mes ressentis sont beaucoup plus profonds contre l’Islam et le Judaïsme qu’envers le Christianisme d’ailleurs...
G : Vous qualifiez votre Black Metal de progressif : pourquoi une telle orientation ? Quels ont été vos choix en matière d'esthétique musicale ? Pourquoi vous ne vous êtes pas lancés dans les vagues dépressive, raw ou brutale par exemple ?
E : En fait le terme progressif s’est imposé de lui-même au fur et à mesure que nous avancions dans le processus de composition. On savait que notre Black Metal serait teinté d’influences extérieures, notamment de la musique classique et c’est quand ces structures longues et complexes se sont imposées à nous qu’on s’est rendu compte de ce coté progressif, ce qui est en même temps guère étonnant vu que c’est aussi un mouvement qui nous a influencés... Pour résumer, on n'a pas choisi de se lancer dans telle ou telle voie mais on a juste construit la musique que l’on voulait entendre et les qualificatifs sont intervenus à la fin.
G : Bon, on a jusqu'ici contourné la question fatidique, mais nécessaire : qui se cache derrière le duo ? D'où êtes-vous originaires ? Quelle est votre formation musicale ? Comment s'est construit Vehementer Nos ?
E : Vehementer Nos c’est A.M. (batterie et voix) et moi-même. On a construit le groupe tous les deux et on est parti pour rester à deux un bout de temps je pense. On a tous les deux une formation musicale, moi à la guitare et au chant et lui à la batterie, qui est en perpétuelle évolution puisque l’on continue à suivre des cours encore maintenant. Et pour ce qui est de notre origine géographique, on habite au pied des Alpes du Sud.
G : Si je vous dis que votre musique est fortement teintée d'influences scandinaves et qu'Enslaved résonne sacrément dans votre oeuvre... Faites-vous le même constat ? J'entrevois des groupes comme Negura Bunget ou encore Celestia, pour ce qui me vient de suite à l'esprit. Même si je ne doute pas de votre sincérité et de votre motivation quant à la l'écriture d'une telle oeuvre, je pense qu'il est indéniable que celle-ci soit teintée d'influences majeures, non ?
E : Oui bien sûr il y a des influences évidentes dans ce qu’on fait mais peut-être pas celle que tu as citées ! Enslaved oui bien sûr mais pas autant que Emperor ou Satyricon par exemple. Ca c’est notre base Black Metal et ça le restera. Pour ce qui est du Black actuel, je ne connais ni Negura Bunget ni Celestia donc je ne peux pas t’en dire plus. Cela dit le metal n’est qu’une partie de nos influences, on écoute aussi pas mal de classique, de dark-folk et de prog. Vehementer Nos est un peu la somme de tout ça auxquels on ajoute nos tripes pour essayer de faire quelque chose d’un tant soit peu original.
G : Tout semble éminemment réfléchi dans votre musique et votre album est conceptuel, or une bonne partie du Black Metal est au contraire un acte purement bestial et instinctif... Vous sentez-vous élitistes ?
E : Bonne question... En un sens oui par rapport au temps passé sur la musique et les paroles, cela dit il y a aussi beaucoup de groupe assez bestiaux qui passent un temps fou sur leurs compos. Elitisme n’est pas nécessairement synonyme de finesse, ça peut être dans la violence aussi... Toujours est-il que plus qu’élitiste c’est le terme indépendant que je mettrais en avant pour caractériser notre démarche.
G : Parlez-nous des instruments qui entrent dans la composition de l'album : on y entend du violon et du violoncelle, du piano et de la flûte... Comment s'est fait en somme l'alchimie qui a conduit au résultat que nous connaissons ? Si vous pouviez nous parler également de la mise en boîte des titres : il était préférable d'enregistrer chez soi plutôt qu'en studio ?
E : Tout au long du processus de composition, on a gardé en tête l’apport final de ces parties et une fois mis en boîte les instruments de la partie metal de l’album, on a fait appel aux musiciens concernés pour qu’ils enregistrent leur parties. Contrairement à beaucoup de groupes, rien n’a été rajouté au dernier moment, on savait très bien ce qu’on voulait donc tout s’est passé sans soucis. Pour ce qui est de l’enregistrement à la maison c’est, en dehors d’un problème financier évident de louer un studio pro sur une si longue période, une manière d’avoir un contrôle total et absolu sur l’ensemble de l’oeuvre et ce jusqu’à la dernière minute.
G : Vous considérez-vous comme un groupe de Black Metal ? Où commence et où se termine ce mouvement selon vous ?
E : Oui, notre base musicale est le BM et nous n’avons aucune intention de le nier. Ma conception du BM est assez large et je pense qu’un groupe avec des influences prog et néo-classique comme Vehementer Nos a tout à fait sa place au sein de la scène black actuelle.
G : De quoi parlent vos textes ?
E : Il s’agit d’une réflexion basée sur deux axes : le cycle du temps et la volonté de pouvoir. Pour faire court, l’idée de départ à laquelle je tente de répondre tout au long de la quête que narre l’album est la suivante : maintenant que nous nous sommes débarrassés de l’influence de Dieu, est-il possible par le biais d’une quête de pouvoir infini d’enrayer la roue du temps et ainsi atteindre l’immortalité ?
G : Comment s'est passée l'affaire avec Osmose Productions ?
E : On leur a envoyé le CD dès qu’il a été fini et Hervé m’a appelé quelques jours après me disant qu’il avait flashé sur l’album et qu’il voulait nous signer. Vu la réputation du label et la motivation qu’ils avaient de le sortir, on s’est pas fait prier.
G : Quels sont les groupes de Black Metal que vous admirez ? Quelles sont vos dernières claques musicales ? Quelles formations de l'underground retiennent votre attention actuellement ? Avez-vous écouté les derniers Vhernen et Lorn ?
E : Je connais aucun de ces deux noms, désolé. Dernièrement j’ai bien aimé Le Testament du Diable d’Athanor, très bien écrit et assez intéressant sur certains passages musicaux... Quant aux derniers albums étrangers que j’ai aimés, ça va de Solefald (Red for Fire et Black for Death) à Blackfield II en passant par beaucoup d’autres choses...
G : Que trouve-t-on comme projets dans les cartons du groupe ?
E : J’ai déjà commencé à bosser sur certaines idées pour le deuxième album mais on ne commencera pas les répétitions à proprement parler avant 2008. Je planche aussi sur le second album de mon projet dark-folk Ainulindale.
G : Si vous mourriez demain... Que pourriez-vous regretter ?
E : De ne pas avoir eu le temps d’écrire toute la musique que j’ai en tête. Pour ce qui est du passé, je ne regrette pas un seul moment de mon existence. Tout a une cause et un effet, l’essentiel c’est la façon dont on traverse ces moments, pas les moments en eux-mêmes.
G : Votre avis sur le téléchargement ?
E : Je crois qu’heureusement il y aura toujours des collectionneurs pour acheter les albums en CD ou vinyls, cela dit le téléchargement fait beaucoup de mal aux artistes surtout s’il est exagéré. Ecouter un ou deux morceaux pour se faire une idée c’est bien mais télécharger tout le catalogue d’un groupe soit son travail durant les X dernières années pour pas un rond, c’est vraiment minable. D’un autre côté, il faut aussi que les grand magasins spécialisés comprennent qu’en passant leur temps à voler les gens ils vont finir par se tuer tout seuls. Il y a une chose vraiment intéressante avec internet c’est le fait que l’auditeur puisse entrer directement en contact avec l’artiste. Réduire les intermédiaires est un bon moyen de payer les disques moins chers et de gagner plus pour les groupes.
G : Vehementer Nos en trois mots ?
E : Pas facile celle là... Indépendant, sombre et passionné.
G : Les derniers mots sont à vous !
E : Merci pour l’interview ! Comme je le disais plus haut, n’hésitez pas à nous laisser une ligne pour nous dire ce que vous pensez de l’album ou si vous voulez l’acquérir à moindre frais (engwar@hotmail.fr). Merci encore pour le soutien et longue vie à ton webzine.
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