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Entretien avec Matt et Todd de Centrifuge (Centrifuge)

Centrifuge, mais quel drôle de nom, n’est-ce pas ? Et pourtant pas de joke band ici ! Ce groupe américain officie dans un mix doom/stoner/sludge (je viens d’apprendre ce que cela pouvait être) et ce, avec un certain talent. Même s’ils trouvent qu’on sent des aisselles, Matt et Todd restent deux sympathiques zicos à qui je laisse la parole.


Aletun : Hells ! J'ai lu votre bio et il semble incroyable que vous n'ayez pas trouvé de batteur à vos débuts... Le metal n'était pas populaire à ce moment là ? Quelles étaient vos préoccupations ou idées à propos du groupe durant cette période ? Dites m'en plus à propos du groupe.

Todd : Au moment où nous nous sommes formés nous étions dans une musique qui était vraiment underground. La ville d'où nous sommes est assez petite et l'obscure scène metal underground était encore plus petite, en fait, presque inexistante. Chaque personne que nous connaissions qui aurait pu être intéressée, était déjà dans un groupe, ou ne correspondait pas vraiment. Matt et moi nous sommes ensemble car nous avions tous les deux une passion pour un groupe appelé Godflesh. Ils ont vraiment été une inspiration et continuent de l'être aujourd'hui. Évidemment ils étaient, et ne sont pas, notre seule influence, nous écoutons tous les deux des tonnes de musiques différentes, et je pense que cette diversité s'entend dans notre musique.

Matt : Nous avons essayé de trouver un batteur. Je me souviens de la nuit où nous étions au bar et nous avions décidé d'utiliser une boite à rythme. C'est à peu près une semaine après s'être mis en route.

A : Expliquez nous le nom du groupe s'il-vous-plaît. Pourquoi choisissez-vous quasiment tout le temps un simple mot pour chacun de vos titres ?

T : Je travaillais au collège en vue d'obtenir un diplôme de science et dans la plupart des labos nous utilisions une centrifugeuse. Je pensais que c'était une bonne machine pour décrire notre son. Matt en avait également au boulot où il était, et il fut d'accord. Pour le nom des titres, un mot simple est la description de ce dont traite la chanson. Dans la plupart des cas, ce mot décrit un sentiment ou une action, étant le sujet de la chanson. Et comme pour tout ce qui est Centrifuge, je crois que le moins est le mieux.

M : Je travaillais avec une énorme centrifugeuse de type industriel qui séparait les huiles des tessons de bouteilles de verre. A ce moment là, je ne savais même pas qu'elles pouvaient avoir d'autres utilisations comme dans le médical. Je sus de suite que le nom était parfait pour notre son. Oh oui, la simplicité est notre formule. Même concernant notre technique d'écriture : riffs, batterie, voix.

A : Je ne connaissais pas votre groupe jusqu'à ce que Paradise Noise m'envoie l'album. Donc pouvez-vous me dire s'il y eu quelques évolutions entre l'album et les démos ?

T : Je ne sais pas s'il y a eu quelque évolution. Je pense que chaque enregistrement que nous avons faits a son propre feeling. C'est plus un produit du temps et du statut de notre vie qu'autre chose.

M : Oué, s'il y a eu une seule évolution entre les démos, ce fut notre expérience d'enregistrement. Nous avons appris à mieux nous préparer à chaque fois pour nous aider à gagner de l'argent et du temps en adéquation avec ce dont on avait besoin pour avoir le son et l'accordage voulu.

A : Je suis assez surpris de voir que vous ne sortez que maintenant votre premier album après toutes ces années d'existence. Cela ne vous intéressait pas ? Ou étiez-vous dans une humeur plus underground, fuck off à toute à la scène ? Les labels intéressés par votre style de musique sont nombreux...

T : Nous avons toujours été intéressés pour sortir un album et être sur un label. Je suppose que tout cela nous a mené à PR. Nous n'avions pas trop essayé de proposer notre musique à un label. Nous avons envoyé des cds mais on n'en a pas envoyés assez ! Je suppose que ça doit être de la paresse, ou peut-être étions nous satisfaits de ce que nous avions fait et nous figurions que si cela devait arriver cela arriverait.

M : Sans doute étions nous lâches d'une certaine façon. Je regrette parfois de n'avoir pas fourni plus de temps et d'énergie pour ça mais je n'ai jamais voulu que le groupe devienne un autre boulot. Même si cependant je sais que c'est ce par quoi on doit passer. Avant toute chose la musique est et restera mon passe temps favori.

A : Comment êtes-vous entrés en contact avec Paradise Noise ? Il n'y avait pas de labels intéressés dans votre propre pays ?

T : Dave de Paradise Noise nous a contactés. Il est venu à nous grâce au net. Il nous a envoyé un email disant qu'il serait intéressé d'écouter notre musique, donc on lui a envoyé quelques cds. Il nous a mis dans sa compil Drowning into sorrow et nous a alors demandé si nous étions intéressés pour sortir notre prochain enregistrement sur Paradise Noise. Le reste c'est de l'histoire ! Travailler avec Dave est géant, et je pense, même s'il est en France et que nous ne sommes pas personnellement rencontrés, qu'il est un bon ami.

M : Nous avons vraiment reçu plus d'intérêt des labels et des zines outre-mer et cela en sera toujours probablement ainsi. Dave nous a sans aucun doute aidés en cela.

A : Je trouve votre musique très lourde mais en même temps très planante (notamment grâce à la voix). À côté de ça il y a des parties stoner et doom... Comment décririez vous votre musique ? Y'a t il un but quand vous composez ?

T : Nous voulons juste créer une musique lourde, avec un bon groove et un sentiment solennel. Il n'y a pas de formule et pas vraiment de but. Nous nous retrouvons juste ensemble et cela se passe. Si je devais la décrire, j'appellerais probablement ça du doom (mais comme nous le savons tous, il y a beaucoup de sous-genres dans cette description).

M : Je crois que Todd et moi avons une étrange connexion musicale. On traîne difficilement encore ensemble mais quand on se retrouve il y a toujours comme un déclic et peu importe lequel d'entre nous vient avec un riff ou une idée de chanson une fois que l'autre le rejoint cela sonne comme du Centrifuge. Cela a été comme ça depuis 12 ans maintenant. Centridoom, Centrisludge, Centrirock ?

A : De quoi parlent les textes ? Pourquoi ne pas les imprimer dans le livret ?

T : les textes parlent d'émotions, d'actions et de la vie en général. Ils sont plus un thème qu'autre chose, basiquement la description d'une humeur ou d'un sentiment. Je pensais mettre les textes dans le livret, mais j'ai pensé que cela ne serait pas nécessaire. Je ne partage pas du tout mes textes avec qui que ce soit. Même les gars du groupe ne les connaissent pas ! Dans le grand schéma des choses je ne vois pas les textes comme étant excessivement importants pour l'auditeur mais ça découle sûrement de mes préférences personnelles.

M : Quelquefois nous nous amusons à essayer de deviner ce qu'il dit : “ A-t-il chanté "où sont mes frites?" ”.

A : Comment est déterminé le choix de la voix hurlée ? Les parties criées ont-elles une signification spéciale ?

T : Je suis un fan de sludge (des groupes comme Iron Monkey, Eyehategod, etc.). dans notre musique je pense que cela ajoute plus d’intensité et en même temps rompt l’aspect répétitif de la chanson.

M : on dirait que lorsque nous jouons les riffs pour une nouvelle chanson nous savons presque immédiatement où les parties hurlées conviendront.

A : Vous avez pour chaque sortie une pochette très pure. Qui se charge du lay-out ? Et est-ce important pour vous ? Et, putain, c’est quoi ce bidule bizarre qu’on peut voir sur le CD et l’image arrière ? Un porte-manteau ?

T : Matt et moi avons travaillé ensemble pour les 2 premiers enregistrements. Les 2 derniers je les ai faits moi-même. Évidemment rien n’est définitif tant que tout le monde n’est pas d’accord, mais là n’est pas le souci normalement. L’étrange chose dont tu parles est un modèle du 18e siècle de force centripète. En d’autres termes, nous sommes allés dans une librairie, cherchions des centrifugeuses, et sommes tombés par hasard sur ce modèle. C’est notre symbole depuis un bon moment.

M : On a été chanceux d’avoir de bons amis volontaires pour qu’on utilise leurs photos. Si j’avais une de ces choses chez moi, elle serait probablement utilisée comme porte-manteau.

A : Éclairez-moi s’il-vous-plaît à propos de groupes jouant la même zique que vous... J’aimerais être conseillé sur les groupes stoner/doom, post-hardcore, car je dois admettre que cette scène est plutôt énorme...

T : Il y en a beaucoup, je ne mentionnerais que certains de mes favoris : Yob, Mouth of the Architect, Boris, Abdullah.

M : Certains de ceux que je préfère sont Boris, Cathedral et en extreme doom des trucs comme Khanate, Teeth Of The Lions Rule The Divine.

A : Le stoner a la réputation d’être joué par des mecs ayant une vie rock’n’roll. Est-ce votre cas, ou êtes-vous végétariens, afin de préserver votre corps saint avec un esprit équilibré ? Des sodas plutôt que de la bière et du whisky ? Pas de sexe avant le mariage ?

T : Ouais, y’a rien de saint dans ce corps. Je suis un grand fan d’alcool et de viande !!! Pas de sexe avant le mariage ? Ça peut vraiment arriver ???

M : Saint n’est vraiment pas un mot utilisé pour décrire une quelconque partie de nous. J’apprécie l’alcool, la viande, le boeuf, et le porc. Je dois manger une carotte une fois ou deux par an.

A : Pouvez-vous imaginer de faire un autre groupe pour le fun ou pour faire une musique extrême (comme les gars de Pelican qui jouent également dans un groupe de grind) ?

T : Bien sûr ! Je pense que ça serait amusant, mais je crois que nos emplois du temps ne le permettraient pas. Les responsabilités de la vie font qu’il est difficile de gérer un groupe !

M : J’ai essayé il y a quelques années d’avoir d’autres groupes/projets chacun sans résultat. Je n’ai jamais voulu remplacer Centrifuge mais juste avoir quelque chose d’autre pour me maintenir occupé. Travailler avec d’autres musiciens m’a fait réaliser combien Todd et moi écrivons et travaillons bien ensemble.

A : Pensez-vous qu’être dans un autre état, après la picole ou après avoir pris de la drogue, peut fournir une clé pour appréhender la musique comme celle que vous jouez ? Avez-vous essayé d’écouter des groupes qui ont des tempos hypnotisant sous l’influence de l’alcool/drogue ?

T : Je pense que cela affecte vraiment la façon dont tu entends et comprends la musique. Cela ne fait pas de mal de planer et se laisser bercer par de belles mélodies. Je ne crois pas que cela rende la musique meilleure ou pire, c’est juste une manière différente de l’expérimenter.

M : A nos concerts tu peux facilement dire qui dans la foule est dans un état second. Les yeux qui ne sont pas fixes ou des bouches grandes ouvertes. Je l’ai fait et continuerai à le faire avec certains types de musique ou certains groupes – pas seulement de la musique heavy.

A : Pensez-vous que le metal soit une tribune pour des idées religieuses ou politiques ? Ou préférez-vous les textes gore ou les princesses/dragons/chevaliers ? Je voudrais savoir si les textes vous intéressent dans le metal, et si c’est le cas, quel groupe vous appréciez pour leurs "écrits" ?

T : Je ne prête pas trop attention aux textes, parce que je ne voudrais pas ne pas écouter un grand groupe à cause de ce qu’ils disent ou pensent. Je dois te dire cependant, en général, je ne suis pas un grand fan de groupes qui ont des trucs du genre princesses/dragon/chevaliers, ça semble plutôt crétin.

M : J’aime Iron Maiden et leurs textes sont partout. Oui, quelquefois c’est moche mais c’est tellement un grand groupe dans l’ensemble que je ne leur en veux pas – ce sont des légendes. J’écoute également des groupes comme Napalm Death dont les textes sont principalement politiques. Je sais que nos textes sont plus personnels.

A : Votre opinion à propos du nouveau crossover dans le metal extrême : black + doom. On dirait qu’il y a une surenchère de lenteur et de complainte... ils sont si triiiiiiistes, si suicidaiiiiiiiiires etc. etc.

T : Je ne pense pas en avoir écouté tant que ça, donc il sera difficile pour moi de te donner une opinion convenable. Je haïrais probablement la plupart d’entre eux, mais on ne sait jamais, j’aime les deux donc comment ce crossover pourrait-il être mauvais ?

M : Comme je l’ai dit, j’écoute beaucoup de groupes comme Khanate donc je ne sais pas comment on peut être plus dépressif que ça. Je suis d’accord pour dire qu’un crossover entre le doom et le black ne peut être entièrement mauvais, du moment que c’est original.

A : Vous connaissez notre scène française ? Plus généralement, comment vous percevez notre pays – dites-moi tous les clichés que vous voulez !

T : J’en sais pas plus que ça à propos de la scène ! Dave de Paradise Noise est un bon gars et il est français. Un ami à moi est allé à Paris pour sa lune de miel, et il a passé un bon moment. Mais il y a ce truc à propos des Français comme quoi il sont rudes et ont une hygiène lamentable. Donc je pense qu’avec tout ça on peut dire, LA FRANCE CRAINT !!! (je déconne). Plus sérieusement, j’espère qu’un jour on pourra venir chez vous.

M : Je n’ai aucune connaissance de la scène française. Cependant, je parierais que j’ai quelques groupes français dans ma collection et je ne le sais même pas. D’où provient un groupe ne fait aucune différence du moment que c’est bon. Je bosse actuellement sur une division américaine d’une compagnie française donc je ne peux rien dire de mal.

A : Ok les gars, c’est fini, il est temps de conclure. Votre dernière chance de parler librement !

T : Merci, cela signifie beaucoup pour nous de nous avoir donné cette opportunité ! Quiconque d’intéressé par notre musique doit nous contacter à centrifugemusic@aol.com, aller sur notre page myspace http://www.myspace.com/centrifugedoom, ou voir notre site http://centrifugemusic.tripod.com, ou contacter Dave à Paradise Noise. Il y a aussi pas mal de sites vendant nos cds (Hellridemusic et Psychedoomelic pour en nommer quelques uns). DOOM ON !

M : Merci mille fois, heureusement nous serons encore là pendant les années à venir et nous pourrons parler à nouveau après notre prochaine sortie. Que nos fans dans le coin rentrent en contact avec nous !

Posté le 25/05/2007 à 16h21 par Aletun

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