 Thesyre est une formation du Québec qui fait parler d'elle dans l'Underground de par le bouche à oreille. C'est ainsi que j'en ai entendu parler. Et ça tombait bien, car sans le savoir, le groupe, mené par Eric Syre, vient de sortir une galette intitulée Exist ! chez Osmose Productions... Rencontre avec cette tête vraiment pensante, ce qui nous change de l'ordinaire...
Guudrath : Salut Eric ! Je crois que les questions vont être nombreuses ! Tout d'abord, j'ai été surpris agréablement avec ton dernier album, sorti chez Osmose Productions. Quels retours as-tu pour le moment de cet album ?
Eric Syre : La réaction a été surprenante si je considère le ‘défi’ potentiel qu’offre un tel album. Les critiques sont généralement positives et de ce que je sais les ventes vont de paire. Nous sommes très satisfaits du résultat et c’est ce qui importe en premier lieu. Je ne te cache toutefois pas que je suis surpris de l’accueil que l’album a reçu jusqu’à maintenant ; honnêtement je m’attendais au pire !
G : C'est franchement rare de tomber sur des oeuvres faites d'une seule piste et surtout, une aussi longue que celle-ci... Par ailleurs elle est fortement cohérente, dans l'agencement des différentes parties, dans la production, bref, tout est carré et c'est massif : comment donc as-tu réalisé cela ? Comment s'y prend-on ? Comment s'est fait son enregistrement ? As-tu songé à la diviser ou es-tu parti bille en tête de n'en faire dès le départ qu'une seule énorme ? Comment les musiciens de Thesyre s'y sont-ils pris pour rester cohérents entre eux ?
E : Au tout début l’album devait être composé de 10 pièces individuelles. Toutefois, après avoir débuté l’écriture j’en suis vite venu à la conclusion que le matériel bénéficierait d’être assemblé en une seule et unique pièce. Mes textes allaient aussi dans cette même direction. Au cours de l’écriture l’idée de répéter certains thèmes s’est avérée essentielle dans le but de conserver une certaine homogénéité. Il n’y a eu aucune répétition de groupe avant l’enregistrement si ce n’est que quelques heures passées avec les musiciens individuellement. L’enregistrement s’est fait de manière très traditionnelle en débutant par la batterie. J’ai ajouté la basse et les guitares sont venues par la suite. J’ai complété les voix en dernier lieu. Comme tout le matériel était déjà complété avant d’entrer en studio le tout s’est déroulé très rapidement. J’ai aussi la chance de travailler avec des musiciens qui s’y connaissent et avec qui j’ai une chimie créatrice très développée. Le tout s’est fait en plusieurs sessions d’enregistrement mais l’ensemble du travail se résumerait à une semaine environ.
G : Peux-tu nous présenter les membres de Thesyre s'il-te-plaît ?
E : Zvord est à la batterie tandis que K. se charge des guitares rythmiques. Alx s’est joint à nous pour l’enregistrement et a contribué aux parties solistes et acoustiques. Je me charge de la basse et des voix.
G : Pour moi, Exist ! est un album que j'étiquette du titre d'Oeuvre : que représente cette notion pour toi ? Comment conçois-tu le phénomène artistique ? Comment es-tu passé radicalement d'albums faits de plusieurs titres dans un style classifiable, à une seule et pachydermique oeuvre ?
E : Utiliser le mot œuvre pour décrire un album est en fin de compte éviter de l’étiqueter selon moi. Nous devrions toujours accueillir un album comme une œuvre et non pas comme un simple collage d’idées disparates. Après avoir sorti 2 albums de pièces très courtes j’avais envie de relever un certain défi. Notre musique n’a pas un potentiel commercial très évident et cette caractéristique même nous laisse une très grande ouverture. Avec un album comme Exist ! les portes sont grandes ouvertes afin de continuer cette exploration stylistique déjà entreprise. Il était hors de question pour moi de sortir un ‘Duality #2’. Notre prochain album sera peut-être plus traditionnel au niveau de sa forme mais je compte bien continuer à exploiter notre sonorité. Il n’y a qu’une seule option et c’est d’aller plus loin !
G : Exist ! est un appel à l'existence ! C'est une injonction, un ordre ! Penses-tu comme moi que beaucoup des "êtres" qui nous environnent sont des mort-vivants : je veux dire que beaucoup ont des rêves qu'ils ne réalisent pas, qu'ils ne s'accomplissent pas. Es-tu de cet avis ? Est-ce que le passage suivant tiré des lyrics est cette réponse ? (Tout au long de notre très courte vie/ Nous questionnons la raison de notre présence/ Et pourtant c'est ce que nous faisons de notre temps/ Qui justifie à la fin notre existence)
E : Tu as vu juste ! Le titre de l’album est presque un ordre en bout de ligne. Ce titre appelle l’auditeur à réagir et à se questionner sur sa propre existence. Le message y est très clair : ‘plutôt mourir que de ne pas vivre sa vie à fond’. Il y a trop de gens qui, comme tu le dis, passent à travers leur vie comme des morts-vivants. La routine du métro-boulot-dodo nous est imposée par ce rythme de vie impossible qu’est la société moderne de consommation et il est de notre devoir de reprendre le contrôle sur ce trésor unique qui nous appartient. Le proverbe qui dit ‘mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux’ est très révélateur dans le cas de cet album. Le passage que tu cites est selon moi la réflexion du gros bon sens que trop de gens n’osent plus suivre. Loin de la religion, de la consommation, des idéologies et de l’appartenance politique, il existe cette force vitale que nous nous devons tous d’exploiter à juste titre car c’est bien là la seule utilité de notre présence sur cette terre.
G : Es-tu d'accord avec moi pour dire que cet ordre d'exister n'est pas très misanthropique (ce n'est pas un mal, ni un jugement de ma part) et plutôt optimiste ? Mais donc, quelle est ta position intellectuelle par rapport à l'humanité ainsi que par rapport à notre avenir commun ? Comment conçois-tu la chose : va-t-il falloir que l'on se serre tous les coudes, ou va-t-il falloir être encore plus individualiste ?
E : Bien que cet album suggère une vision plutôt optimiste de la vie je ne te cacherai pas que la vision que j’en ai actuellement n’est pas très positive. Je crois qu’avec un tel album je me passe aussi le même message. Je suis souvent le premier concerné lorsque je pose des questions dans mes textes. L’avenir de l’humanité se voit lourdement hypothéqué par notre rythme de consommation irrespectueux des lois naturelles qui nous gouvernent. L’homme est probablement le seul animal qui se permet de détruire volontairement son habitat et ça en dit beaucoup sur notre nature autodestructrice. Bien que nous soyons capable d’explorer notre système solaire, que nous puissions cloner nos gènes ou réussir des greffes d’organes nous n’avons toujours pas réussi à nous concentrer sur ce qui assure notre survie. Nous défions la vie elle-même sans pourtant s’attarder sur ce qu’elle est véritablement. Ce mode de vie très nombriliste et avare sera très probablement la cause de notre perte. Non seulement devons-nous serrer les coudes faces aux catastrophes naturelles qui nous attendent dans le détour mais nous devrons aussi unir nos forces face à cette menace de gouvernement global qui obscurcit cet avenir si précaire qu’est le nôtre. J’en viens souvent à croire qu’à trop vouloir organiser la vie nous en venons vite à en oublier le sens même de celle-ci.
G : Je trouve la pensée de l'américain Theodore Kackzynski dit Unabomber – un terroriste américain longtemps ennemi public numéro 1 – très intéressante. Son manifeste se trouve en ligne ici : http://lanredec.free.fr/polis/UnabomberManifesto_tr.html. Je te cite quelques passages :
- Il se peut que le système industrialo-technologique survive ou qu'il s'écroule. S'il survit, il PEUT finalement permettre un bas niveau de souffrance physique et psychologique, mais seulement après le passage par une période longue et très douloureuse d'ajustement et seulement au prix d'avoir réduit de manière permanente les êtres humains et beaucoup d'autres organismes vivants en produits manufacturés et en simples rouages de la machine sociale. En outre, si le système survit, ces conséquences seront inévitables : il n'y a aucun moyen de réformer ou de modifier le système pour l'empêcher de priver les gens de dignité et d'autonomie.
- Si le système s'écroule les conséquences seront également très douloureuses. Mais plus gros le système devient, plus désastreux seront les résultats de son effondrement, donc s'il doit s'écrouler il vaut mieux qu'il s'écroule plus tôt que plus tard.
- Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. Cette révolution peut ou non se servir de la violence : elle peut être soudaine ou peut être un processus relativement graduel s'étendant sur quelques décennies. Nous ne pouvons rien prévoir de cela. Mais nous décrivons d'une façon très générale les mesures que ceux qui détestent le système industriel devraient prendre pour préparer la voie à une révolution contre cette forme de société. Ce ne doit pas être une révolution POLITIQUE. Son objet sera de renverser non des gouvernements, mais la base économique et technologique de la société actuelle.
J'ai le sentiment personnel que le Black Metal se trompe ou cherche à se tromper en hurlant à la mort des chrétiens, qui ne leur font rien directement ou personnellement... Je pense que si beaucoup avaient le courage de "leurs opinions", ils passeraient à l'acte – comme l'Unabomber. Finalement, je pense que le véritable problème, c'est l'idéologie de l'économie libérale, qui transforme et façonne notre univers tant physique que mental. Quel est ton point de vue là-dessus, toi qui semble préoccupé par de telles questions ?
E : Le Black Metal est un milieu très sectaire où l’on prêche à une poignée d’enthousiastes qui en bout de ligne ne font qu’alimenter entre eux des idées toutes aussi sectaires et rarement activistes. Je crois fortement aux mots et aux idées mais je mets aussi l’importance sur l’action car c’est elle qui un jour fera changer les choses. L’opposition au christianisme est une position respectable si l'on est capable de justifier pourquoi nous nous y opposons auprès de ceux et de celles qui y adhèrent encore aveuglement. Nous devrions nous opposer à toute forme de religion et non seulement au christianisme. L’opposition à la surconsommation ou le désir de faire un retour à des valeurs ancestrales ne sont que des beaux concepts si nous ne mettons pas en pratiques des gestes concrets qui assureront une suite concrète à l’idée. Le Black Metal n’est pas le seul domaine où les idées meurent avant de se concrétiser. L’homme a toujours été plus volubile qu’actif en matière de politique, d’idéologie ou même de changements. On crie haut et fort à la révolution mais on gagne rarement les rues pour défendre nos idées. On critique et maudit nos politiciens sans oser prendre nous-même le pouvoir. On châtie et incrimine facilement sur la place publique mais ose-t-on le faire dans le confort de nos maisons, auprès de nos proches ? Je crois que ce que le manifeste que tu cites veut nous exprimer c’est que les mots n’ont que très peu de poids s’ils ne s’accompagnent pas d’actions. L’humanité entière a déjà trop parlé et elle doit rapidement faire face à cette dure réalité si elle veut entrevoir sa survie. Nous devrons bientôt réaliser que cette terre n’est pas le coin de paradis inépuisable que nous avons envisagé au début de la révolution industrielle. Ces changements devront se faire et j’ai de la difficulté à croire qu’ils se feront dans la paix et le calme. Si le chaos se doit d’être précurseur d’un nouvel ordre et si l’on doit affronter de sombres passages pour un jour profiter de la lumière je compte bien faire partie de l’action. Pour l’instant, nous devons tous mettre la main à la pâte et tenter, dans les limites du possible, de changer les mentalités et de faire éclore de nouvelles idées. Je le fais par l’entremise de ma musique et de mes textes et j’ose espérer être capable de le faire par l’entremise de mon travail en éducation.
G : Le Black Metal est-il un mouvement romantique selon toi ? Tout le monde semble révolté, mais révolté par désespoir de ne pouvoir rien changer en fin de compte. Beaucoup, au mieux, ne font que du terrorisme musical qui ne touchera pas vraiment les esprits, mais seulement les oreilles... Peu passent à l'acte, peu tuent ou incendient par conviction : que penses-tu de cela ? J'ai connu l'époque du Thrash Metal engagé – les premiers groupes engagés politiquement dans leurs textes, par exemple, qui me viennent à l'esprit sont Nuclear Assault, Kreator, Sodom... Nous avons changé d'époque, manifestement. De plus, les grands noms du Thrash et du Death se sont servis par provocation du Satanisme... Cela a-t-il été trop pris au sérieux ?
E : Il ne faut pas perdre de vue que tous ces genres musicaux et de nombreux groupes y évoluant voient le tout comme une forme de divertissement qui se vend et s’achète dans le but de satisfaire un certain public. Le monde de la musique underground a succombé aux pressions de l’industrie musicale et bien que celui-ci évolue dans un marché beaucoup plus restreint, il n’en demeure pas moins qu’il fonctionne en suivant des lignes directrices très similaires. Les groupes engagés qui ne bénéficient pas de la promotion d’une grande compagnie de disque voient vite leur message se dissoudre dans les miasmes d’un réseau souterrain parfois mal organisé et trop compartimenté. Il est difficile de bien faire passer un message lorsque notre visibilité est restreinte. Il est encore plus difficile de mettre les efforts doubles au sein d’un groupe lorsque notre survie ne peut être assurée par les revenus qu’il engendre. Bien des groupes sont prêts à faire de lourds compromis pour s’assurer une subsistance décente et par la bande ils finissent par embarquer dans ce cercle vicieux qu’est l’industrie du divertissement. Les groupes qui prennent leur message très au sérieux se voient confinés à des étiquettes de disque très obscures et isolées qui ne parviennent qu’à faire circuler qu’une poignée d’exemplaires de leurs parutions tandis que les groupes qui se résignent à accepter les conditions du tirants du marché finissent par diluer leurs idées à un point tel où plus personne ne prend le message au sérieux.
L’avènement de l’Internet est selon moi une excellente ouverture pour tous les groupes qui veulent passer par-dessus les pièges de l’industrie musicale et rejoindre un public à la fois plus concerné mais aussi plus large. C’est un véhicule qui facilite la transmission des idées et la prolifération de mouvements de masse qui peuvent contrecarrer les monopoles d’une industrie très conservatrice. Ces réseaux de contacts mondiaux qui unissent des gens qui partagent des goûts, des intérêts et des idées similaires sont selon moi l’extrapolation de ce que le milieu underground des années 80 était originalement. C’est à nous d’utiliser ces outils afin de transmettre un message engagé qui saura toucher les bonnes cibles. Utilisons l’industrie musicale pour ce qu’elle offre de bien mais construisons aussi une alternative à cette emprise qu’elle exerce et nous pourrons peut-être ainsi atteindre notre objectif commun qui, en premier lieu, est de partager nos idées avec nos pairs.
G : Finalement, te considères-tu comme faisant partie du mouvement Black Metal ? As-tu entendu parler du North American Black Metal Invasion ?
E : Thesyre ne fait pas partie de quelque mouvement que ce soit. Nous empruntons à différents genres musicaux dans le but de créer un véhicule efficace pour nos idées. Thesyre est un groupe qui évolue dans une forme musicale extrême s’inspirant fortement de la musique Metal. Je ne me sens que très peu concerné par les étiquettes ou les classifications. Je n’ai pas entendu parler de cette invasion Black Metal nord-américaine mais le terme même me semble plutôt docile. Je ne vois aucune invasion ici. Je ne ressens aucun contrecoup de quelque mouvement que ce soit alors il me semble que cette pseudo invasion ne soit encore qu’une autre recherche infructueuse de crédibilité underground.
G : "Fuck Off And Die" ?
E : Cette expression est empruntée aux 80s, époque à laquelle un groupe comme Voïvod l’a popularisée et se permettait de l’utiliser comme une certaines forme de provocation mais aussi comme moyen de suggérer l’individualité dans un monde très conformiste. J’ai voulu reprendre cette expression pour les mêmes raisons. Nous avons aussi un texte sur l’album Duality qui porte le même titre (FOAD).
G : Tu mets en téléchargement gratuit l'album éponyme de ton projet de Doom, Unlife : pourquoi cela ? Que penses-tu du téléchargement ? Y vois-tu une manière de contrecarrer un quelconque pouvoir libéral ?
E : Comme je le mentionnais plus tôt, je crois fortement au pouvoir de l’Internet. C’est un moyen très efficace pour faire connaître un groupe et permettre à des tonnes d’auditeurs potentiels de découvrir notre musique. Ma décision s’est appuyée sur le fait que je suis très productif au sein de Unlife et que je ne voulais pas avoir à trouver une compagnie de disque sortir le tout. J’aime avoir l’opportunité de faire paraître ma musique quand bon il me semble sans me préoccuper d’un plan de mise en marché ou de distribution. Il n’y a que très peu de profit à réaliser dans ce courant musical et je crois qu’il est préférable de rendre la musique accessible gratuitement plutôt que de tenter de faire maigre fortune avec celle-ci. Si des gens veulent encourager des groupes directement, ils peuvent le faire par l’achat de marchandises comme des gilets où les profits retournés au groupe sont généralement beaucoup plus significatifs.
G : Je ne comprend pas que le Black Metal ne puisse pas être élitiste – je veux dire, déjà, d'un simple point de vue artistique. Beaucoup sont peu exigeants avec leur musique, puis l'artwork, etc. Bien entendu, la simplification voire le dépouillement peuvent être des positions esthétiques tout à fait légitimes. Mais tout de même, j'estime, au nombre des disques que je me farcis quotidiennement, qu'une grande partie des musiciens ne soignent pas leur travail, voire et c'est courant, se copient les uns les autres, sans remords, manquant cruellement de personnalité et de recul, de remise en question. Depuis quelques années, c'est la mode du "Depressive/Suicidal Black Metal" ou de "l'Orthodox Satanic Black Metal", qui me gavent au plus haut point... Comment envisages-tu cela ? Est-ce pour toi important de te placer dans une certaine tradition métallique ? Ou au contraire est-ce pour toi primordial de défendre et d'imposer sa personnalité... au point d'être inclassable ?
E : Le monde du Black Metal est comme tout autre mouvement musical. Il y a des leaders et des suiveurs. Beaucoup de groupes sont très heureux de copier et reproduire un style qu’ils affectionnent. Ces deux tendances que tu mentionnes, bien que très radicales en perspective, suivent les mêmes règles que tous les autres styles. Il y a ceux qui innovent au profit de ceux qui en bénéficient et qui copient par la suite les innovations des groupes phares. Personnellement j’aime considérer ma musique comme un reflet de ma personnalité dans lequel je laisse transparaître mes opinions et mes idées. On peut y déceler des influences évidentes mais j’ose espérer que nous avons aussi développé notre propre sonorité au sein d’une approche qui devient de plus en plus unique. Cette authenticité est très importante à mes yeux. Je comprends le besoin de suivre certaines traditions mais dans cette même tendance, le faite de ‘suivre’ ne me plaît guère. Lorsqu' on se contente de suivre c’est que la motivation derrière nos idées n’est peut-être tout simplement pas assez forte pour prendre le flambeau.
G : Pour poursuivre avec la question du dessus, si tu connais les groupes suivants, qu'en penses-tu ? Je veux parler de Grand Belial's Key, de Spear of Longinus, des Français de Sa Meute (dont je te recommande fortement la future release), des groupes A.I.D.S et Vordr ou encore le premier et récent mini-CD d'Amesoeurs ? Quels groupes considères-tu comme inclassables ?
E : J’ai été quelques fois en contact avec les types de GBK. Le groupe a récemment été affligé par la perte d’un membre important mais il faut s’attendre à voir disparaître dans des circonstances houleuses des gens qui ont une vision des choses aussi radicale. Il en va de même pour un type comme Jon N. de Dissection ; les gens qui pleurent son départ n’y ont rien compris. Je n’ai entendu que quelques extraits de SOL et ne saurais commenter leur musique. Sa Meute demeure inconnu à mes yeux mais j’y jetterai une oreille attentive selon ta recommandation. Je connais quelque peu la musique de Vordr et j’apprécie leur sonorité très crue. Il y a une sonorité très instinctive dans ce que j’ai entendu. Pour ce qui est de A.I.D.S. je vais bientôt travailler avec ce groupe pour la sortie en format CD de l’album Syndrome of the end approaching. J’ai aimé ce que j’ai entendu et c’est ce qui m’a poussé à donner un coup de main à Those Opposed Records, qui se charge de la sortie. Je devrai accorder une oreille plus attentive à Amesoeurs, que je n’ai entendu qu’une seule fois à date. Dans le genre inclassable, le plus récent de Blacklodge et le prochain Abigor (que j’ai entendu en pré production) sont très prometteurs. J’aime l’utilisation que ces groupes font de la musique électronique. Ils savent comment l’utiliser au sein même de l’instrumentation de base plutôt que comme un artifice comme bien d’autres groupes le font. MoRT de Blut Aus Nord est aussi un inclassable auquel je vais accorder plus d’attention lors des prochaines semaines. Je manque souvent de temps pour découvrir de nouveaux groupes.
G : A l'inverse, quels sont tes albums de chevets ? Quels groupes t'ont donné l'envie de te mettre au metal extrême ?
E : Je suis issu du Thrash des 80s et des albums tels Persecution Mania de Sodom, Dimension Hatross de Voïvod et Mental Vortex de Coroner demeurent des classiques inébranlables pour moi. D’un autre côté, Dealing with it de DRI, Morbid Tales de Celtic Frost ou Nightfall de Candlemass sont tout autant des albums importants à mes yeux. Filosofem de Burzum et Transilvanian Hunger de Darkthrone rejoignent aussi la liste de mes classiques. Il y a une diversité assez large dans cette liste et c’est peut-être ce qui explique pourquoi Thesyre est en quelque sorte ce ‘crossover’ de différents styles.
G : Quelles releases t'ont scotché récemment ? Peux-tu nous donner des noms de groupes canadiens ou québéquois de valeur ? Et quels groupes français apprécies-tu particulièrement ?
E : J’ai bien aimé le dernier Converge (No Heroes) et Mastodon (Blood Mountain). Infernal Affairs de MZ.412 est très intéressant et le prochain album de Puissance est génial. J’ai aussi rejoué l’album éponyme de Dolorian, qui selon moi est un classique en devenir. Comme tu peux le constater il y a très peu de Black Metal ou de Thrash Metal dans ce que j’écoute en ce moment. Pour ce qui est des groupes québécois, Akitsa demeure ma suggestion constante. Mon frère a un projet du nom de Head Sed qui est très prometteur quoi que totalement déjanté musicalement. En ce qui concerne les Français, on m’a suggéré un groupe du nom de NKVD qui est très bien ! Tellement bien que je réalise la couverture de l’album et participe à une des pièces vocalement, hehe. J’ai aussi découvert Peste Noire avec leur dernier album qui offre une approche intéressante au Black Metal plus cru. Je me rappelle aussi des groupes comme Treponem Pal et Proton Burst qui offraient une sonorité plus industrielle que j’apprécie encore.
G : Quand ou pourquoi composes-tu ? Quels instruments manies-tu ? Thesyre fera-t-il des concerts un jour ? Faire des concerts n'est-il pas contraire à l'esprit du Black Metal ?
E : Je compose tout le temps. Il n’y a pas de formule ni de conditions idéales pour moi. C’est un travail plus ou moins constant qui anime mes réflexions, mes pensées et mes idées sur une base quotidienne. Je me débrouille bien avec la batterie, la guitare, la basse et les claviers mais je ne me considère par comme un instrumentiste. Les instruments sont là, à mon service, et je les utilise uniquement à des fins de composition. Bien que les concerts soient peut-être contre l’esprit misanthrope du Black Metal, ce n’est pas pour cette raison que nous ne nous produisons pas en spectacle. Nous avons tous fait partie d’autres groupes auparavant et nous y avons plus ou moins épuisé notre intérêt pour la scène. Je ne ressens plus ce désir de monter sur scène pour livrer une performance qui sera de toute façon teinté par le manque de ressources techniques de la salle ou par une organisation douteuse qui est plus concernée par le profit de la vente de billets que par la qualité du spectacle offert. De plus, il serait pratiquement impossible pour nous de laisser tomber nos carrières professionnelles pour aller se perdre à l’autre bout du monde dans une entreprise catastrophique financièrement. Nous avons des obligations personnelles qui nous tiennent à cœur et qui ne peuvent être abandonnées aussi facilement. De toute façon, je me sens beaucoup plus productif et accompli en studio et je crois que les autres membres du groupe pensent de même. Il n’est pas impossible de nous voir un jour sur scène mais les conditions ne sont tout simplement pas favorables en ce moment.
G : Tu as réalisé des pochettes d'albums, dont deux pour Darkthrone : tu as des conseils pour ceux qui aimeraient se lancer dans l'illustration d'albums ?
E : Ne vous attendez à rien en échange de vos services ! L’industrie du disque ne semble pas reconnaître l’investissement de temps que peut faire un artiste en ce qui concerne la pochette, la mise en page ou la direction artistique générale. Les labels sont prêts à engloutir des sommes considérables pour l’enregistrement de l’album mais deviennent très pauvres lorsque vient le temps de réaliser la couverture ; fait étrange puisque la pochette d’un disque aide très souvent à vendre le contenu auprès d’auditeurs qui ne connaissent pas très bien le groupe. Je travaille purement par plaisir avec ces groupes et c’est pourquoi je n’accepte pas tout ce qui m’est proposé.
G : Quel futur pour Thesyre ? Où en sont tes autres projets musicaux ?
E : Il y a un autre album en vue pour Thesyre mais pour 2008 seulement. Une collaboration avec Audiopain devrait voir le jour très bientôt en format 7". Entre-temps, je travaille sur du nouveau matériel pour Unlife et je devrais compléter l’enregistrement du premier album de Aufkrema, un projet un peu avant-gardiste en compagnie de Zvord, le batteur de Thesyre.
G : Quels ouvrages recommanderais-tu aux lecteurs ?
E : J’ai récemment complété la lecture de Brave New World Revisited (ISBN 0-06-080984-1) par Aldous Huxley (1958). L’auteur y offre un retour sur son livre Brave New World paru en 1931. J’ai adoré les parallèles que ce livre nous permet de faire avec notre société actuelle. Les prophéties fantastiques de Huxley ne sont, malheureusement, pas très loin de notre réalité.
G : Thesyre en trois mots ?
E : Indépendance, persévérance et accomplissement.
G : Le dernier mot est pour toi, Eric.
Je te remercie pour cette excellente entrevue ! J’apprécie l’intérêt que tu accordes à notre groupe. J’aimerais laisser tes lecteurs avec l’adresse de notre site : www.thesyre.com.
Amicalement,
Eric Syre
Thesyre
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